Carnet de voyage de Garance Finger
Carac et Loukoum
Voilà.
Je suis une jeune réalisatrice de 25 ans qui vient de perdre
deux de ses grands-parents. Cela dit, les deux qui me restent sont
drôlement chouettes.
Il y a une quinzaine d’années, Emile et Yolande divorçaient, à 70
ans. Yolande est partie vivre à Marrakech, je ne l’ai
jamais vraiment connue. Emile, lui, s’est payé l’abonnement
général et vadrouille chaque jour entre Lugano et
Bâle, Lucerne et Constance.
« Les voyages forment la jeunesse, c’est ma dernière
chance ! » me dit-il.
Lui aussi, je ne le connais que très mal.
Les histoires que l’on me racontait à leur sujet sont
vite devenues légendes, je n’ai jamais su dissocier
la réalité de leur vie et la fiction qui s’est
tramée autour.
Il y a quinze ans, j’héritais d’Emile une petite
boîte métallique, ma première caméra.
« Certainement la première caméra au Monde »,
comme j’aime à me l’imaginer, à cause
de son style plus qu’archaïque.
C’est en fait une caméra super 8, seul souvenir du
passé qui m’accompagnera dans mon périple.
Partir au Maroc, apprivoiser un peu ma grand-mère, comme
le renard du Petit Prince.
En parallèle, le temps d’un été, le
temps d’un voyage, je rendrai sa caméra à Emile
et nous parcourrons la Suisse en partageant l’acte de filmer.
Peu de dialogues, point d’histoires de famille, aucune énigme à résoudre,
mais un voyage, ou plutôt deux voyages, pour tisser des liens
invisibles.
L’odeur du sable, la couleur du désert, le iode de
la mer, et puis la Suisse, ses glaciers, ses cols, ses lacs, si
petit bout de Paradis qui m’est pourtant presque inconnu.
Attacher mes lacets en vitesse et parcourir enfin un petit bout de sentier avec mes grands parents, avant leur Grand Voyage.
Mon baluchon est prêt.
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